Sunday, August 07, 2005

Grand-mère, je t'aime.

Ma grand-mère s'appelait Marie-Jeanne et était, il y a fort longtemps, la femme d'un agriculteur. Lorsqu'elle est morte, elle avait 89 ans. Un cancer généralisé a causé sa perte. C'était il y a plus de 6 ans.

À vrai dire, sa mort m'a vraiment touché à retardement. Au moment où j'ai entendu les orgues de l'église Ste-Victoire vibrés et que j'ai vu le cercueil posé là juste devant la Chair de l'église, les sanglots m'ont rattrapé. Devant moi, il y avait ma mère et ses soeurs qui se tenaient la main. Je distinguais très bien leurs épaules se surélevés au rythme de leurs pleurs. Devant moi, il y avait la dépouille d'une femme que je connaissais très peu, pour ne pas dire du tout. C'était ma grand-mère et pourtant je n'aurais pu dire ce qu'elle aimait le plus ou le moins, détaillés ses qualités ou ses défauts et encore moins me rappeler de son dernier rire.

Dans un certain sens, j'avais honte, honte de ne pas avoir poussé plus loin mes contacts avec elle et de m'être toujours présenté à reculons à ce fameux dîner du jour de l'an... À quelque part, au fond de moi, j'aurais voulu dire à quel point je l'aimais, mais je ne le pouvais pas. Ça l'aurait été un pur mensonge. Certes, je l'aimais parce qu'elle était ma grand-mère mais je ne l'aimais pas pour ce qu'elle était vraiment: je ne la connaissais pas.

Suite à la cérémonie, j'ai vu le cercueil blanc s'enfouir dans la terre. J'ai vu ce trou de 6 pieds de profond et j'ai continué à pleurer en silence. J'avais une boule dans la gorge, les yeux rougis, la voix éteinte et les larmes sur les joues. Ce jour-là, je ne me rappelle pas avoir souri. C'était une façon pour moi de dire "Grand-mère, j'aurais vraiment voulu te connaître".

Hier, au cimetière, le dos sur un arbre, j'ai levé les yeux vers le ciel puis je lui ai fait un clin d'oeil. J'ai senti une bouffée de chaleur monter en moi puis j'ai souri. C'était son clin d'oeil à elle.